" منذ اندلاع الأزمة السورية، نحن أكبر المانحين الأوروبيين في لبنان"

السفير مارتن هوت تكبير الصورة (© لو اورينت لو جور)

بمناسبة عيد الوحدة الالمانية اجرى السفير هوت مقابلة مع لو اورينت لو جور.

« Depuis la crise syrienne, nous sommes le plus important donateur européen au Liban », souligne l’ambassadeur allemand

La date du 3 octobre marque depuis 1990 le jour de l'unité allemande. À cette occasion, l'ambassadeur Martin Huth a accordé à « L'Orient-Le Jour » une interview dans laquelle il expose les divers secteurs qui marquent la présence de l'Allemagne au Liban, évoquant en outre la situation dans son pays après le vote parlementaire de la semaine dernière.
Patricia KHODER | OLJ

Après sa réunification, l'Allemagne a fait un long chemin, surtout sur le plan européen. Pays déchiré par la guerre froide, l'Allemagne est redevenue aujourd'hui la première puissance économique européenne. À travers leur vote la semaine dernière, les Allemands ont permis pour la première fois depuis 1945 à un parti d'extrême droite de siéger au Parlement en sa qualité de troisième force politique dans le pays.

L'Alternative für Deutschland (AfD) a remporté en effet plus de 13 % des votes. Il siégera au Bundestag avec 94 députés (sur 704). Lors du vote du 24 septembre dernier, les chrétiens-démocrates (CDU) et les sociaux-démocrates (SPD), partis traditionnels allemands, ont affiché respectivement leur score historique le plus bas.

Comme toute l'Europe, l'Allemagne est en train de pencher peu à peu vers le nationalisme, et comme dans toute l'Europe, les citoyens affichent à travers leurs choix de vote un ras-le-bol de la rhétorique politique traditionnelle.

Pour y voir plus clair, L'Orient-Le Jour a interrogé l'ambassadeur d'Allemagne au Liban, Martin Huth, sur le vote allemand et sur la politique allemande au Liban, son pays étant depuis la guerre syrienne le premier donateur européen au Liban.

« L'Allemagne s'est engagée à verser, en 2017, 300 millions d'euros pour financer des projets de développement et l'aide humanitaire au Liban, indique notamment M. Huth. Depuis 2012, elle a assuré 930 millions d'euros dans ce cadre. Avec la somme qui sera versée d'ici à la fin 2017, nous aurons dépassé le milliard d'euros. Nous sommes l'un des rares donateurs à honorer nos engagements. Il est important pour nous de travailler en partenariat avec le gouvernement libanais qui devrait s'approprier des programmes et projets exécutés », souligne M. Huth.

L'Allemagne aide le Liban dans divers domaines, les plus importants étant l'éducation, l'alimentation en eau et son assainissement, et la fourniture de nourriture aussi bien aux réfugiés syriens qu'à la communauté hôte. En matière d'éducation, l'Allemagne est l'un des plus grands contributeurs au programme RACE (Reaching all children with education) qui permet la scolarisation, dans le secteur public, de 276 304 enfants libanais et étrangers, notamment syriens.

« Les stages de formation et l'aide au développement économique font aussi partie des préoccupations allemandes au Liban, relève l'ambassadeur. L'Allemagne a mis en place divers programmes dans ce cadre. Certains d'entre eux ciblent les jeunes et les femmes et sont en cours d'exécution dans des zones pauvres comme certains quartiers démunis de Tripoli. Ce genre de projets a un impact direct sur les revenus des ménages dans le besoin », note M. Huth.

« L'Allemagne est présente aussi aux côtés des forces armées libanaises, poursuit-il. Les soldats allemands participent au mandat de la Finul maritime. L'assistance militaire allemande qui était assurée à la marine libanaise s'est étendue pour toucher d'autres unités. L'Allemagne participe désormais avec le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada à un programme visant au renforcement du contrôle de la frontière libano-syrienne. Dans ce cadre notamment, plus de 25 miradors seront construits à la frontière », précise-t-il.

De surcroît, de plus en plus d'institutions allemandes sont présentes au Liban. L'Allemagne parraine également la création d'un incubateur libanais destiné aux jeunes ayant des idées novatrices, et soutenu par des académiciens et des chercheurs allemands.

« Le verre libanais à moitié plein »
Interrogé sur la situation politique au Liban, M. Huth estime que « comme d'habitude, le verre est à moitié plein. La situation est bien meilleure qu'il y a un an. Avec l'élection d'un président de la République et la formation d'un gouvernement, il existe une volonté de renforcer l'État et ses institutions. Mais des efforts supplémentaires devraient être menés dans ce cadre ».

« Je voudrais féliciter l'armée libanaise pour l'opération "Fajr el-Jouroud" », dit-il, rappelant que « le Liban continue de porter le fardeau des réfugiés et les performances économiques du pays ne sont pas à leur plus haut niveau ». « Nous soutenons la vision du Premier ministre Saad Hariri qui veut assurer une croissance économique substantielle, mais certains dossiers devraient être traités d'urgence notamment l'adoption d'un budget, l'élaboration et la présentation d'un plan d'investissement du capital qui devrait servir de référence pour le soutien international. » « Il est dommage de voir que les éternelles différences politiques empêchent souvent de trouver des solutions à des dossiers pratiques et urgents. Je souhaite également que le Liban puisse tenir des élections parlementaires en mai prochain indépendamment d'éventuels problèmes techniques », déclare M. Huth.

Le scrutin allemand
Interrogé sur les élections parlementaires dans son propre pays et sur l'émergence au Parlement fédéral d'un parti d'extrême droite, l'ambassadeur d'Allemagne souligne que « ce phénomène existe en Europe depuis quelque temps. En Allemagne, cela est dû à trois facteurs. Premièrement le changement du discours des partis traditionnels qui est devenu plus centriste, deuxièmement l'émergence de petits partis et troisièmement l'apparition de défis concrets comme l'arrivée d'un nombre important de réfugiés dans le pays ».

À la question de savoir comment la chancelière allemande, Angela Merkel, formera son gouvernement et à quel point l'AfD pourrait influencer la vie politique en Allemagne, M. Huth précise que le SPD, selon toute vraisemblance, fera partie de l'opposition et qu'il n'y aura donc pas un gouvernement de coalition comme c'était le cas durant les quatre dernières années. Le CDU négociera avec les libéraux (Freie Demokratische Partei FDP) et les Verts (Bündnis 90/Die Grünen).

« L'AfD fera partie de l'opposition avec 94 sièges, ni plus ni moins. En aucun cas il ne gouvernera l'Allemagne. D'ailleurs, l'AfD est en train de se désintégrer », estime-t-il, rappelant la conférence de presse du parti, au premier jour ayant suivi les élections, au cours de laquelle l'une des leaders de l'AfD, Frauke Petry, a annoncé à la surprise générale qu'elle ne siégera pas avec ses camarades du parti. « Il faut traiter ce phénomène avec sérieux. À l'issue de la victoire de l'AfD, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a appelé tous les partis, les politiciens et les citoyens à ne pas se contenter de hocher la tête en signe de désapprobation et se retrancher ensuite chez eux », dit-il.

Invité à commenter la politique européenne au Moyen-Orient dans les mois à venir, M. Huth souhaite « une fin à la guerre en Syrie et une réconciliation entre l'Arabie saoudite et l'Iran ». « La paix, la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient figurent parmi nos priorités et cela se fait notamment à travers la lutte contre le groupe État islamique et d'autres groupes fondamentalistes », souligne-t-il en conclusion.

لو اورينت لو جور